A   B   C   D   E    F   G   H   I   J    K   L   M   N   O    P   R   S   T   U   V   W   X   Y    Z

Author of ‘Conversations With God’ Admits Essay Wasn’t His
Steve Knopper’s stark accounting of the mistakes major record labels have made in the digital era suggests they are largely responsible for their own demise.

Books of The Times: When Labels Fought the Digital, and the Digital Won
Oprah.com, the Web site of “The Oprah Winfrey Show,” has posted a disclaimer acknowledging that Herman Rosenblat admitted he had invented portions of his Holocaust memoir.

Arts, Briefly: Winfrey Web Site Notes Fabricated Memoir
Mr. Seaver defied censorship and conventional literary standards to bring works by rabble-rousing authors like Samuel Beckett, Henry Miller and William Burroughs to American readers.

Maurice Barres - Le culte du moi 2



M >> Maurice Barres >> Le culte du moi 2

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11



Dans cet exces d'humiliation, une magnifique douceur nous apaise, nous
persuade d'accepter nos esclavages: c'est, si l'on veut bien comprendre,
--et non pas seulement dire du bout des levres, mais se representer
d'une maniere sensible,--que nous sommes le prolongement et la
continuite de nos peres et meres.

C'est peu de dire que les morts pensent et parlent par nous; toute la
suite des descendants ne fait qu'un meme etre. Sans doute, celui-ci,
sous l'action de la vie ambiante, pourra montrer une plus grande
complexite, mais elle ne le denaturera pas. C'est comme un ordre
architectural que l'on perfectionne: c'est toujours le meme ordre. C'est
comme une maison ou l'on introduit d'autres dispositions: non seulement
elle repose sur les memes assises, mais encore elle est faite des memes
moellons, et c'est toujours la meme maison. Celui qui se laisse penetrer
de ces certitudes abandonne la pretention de sentir mieux, de penser
mieux, de vouloir mieux que son pere et sa mere; il se dit; "Je suis
eux-memes."

De cette conscience, quelles consequences, dans tous les ordres, il
tirera! Quelle acceptation! Vous l'entrevoyez. C'est tout un vertige
delicieux ou l'individu se defait pour se ressaisir dans la famille,
dans la race, dans la nation, dans des milliers d'annees que n'annule
pas le tombeau.

J'apprecie beaucoup une "lettre ouverte" que j'ai decoupee dans le
_Times_. A l'occasion d'une election a la Chambre des communes, un M.
Oswald John Simon, israelite et membre d'une association politique de
Londres, ecrit: "... Je suis tenu de declarer ce qui suit pour le cas ou
j'entrerais dans la vie parlementaire: Si un conflit venait
malheureusement a naitre entre les obligations d'un Anglais et celles
d'un juif, je suivrais la ligne de conduite qui paraitrait en pareil cas
naturelle a tout autre Anglais, c'est-a-dire que je suis ce que mes
ancetres ont ete pendant des milliers d'annees, plutot que quelque chose
qu'ils n'ont ete que depuis le temps d'Olivier Cromwell."

La belle lettre! Que la derniere phrase de ce juif est puissante! Elle
revele un homme eleve a une magnifique conscience de son energie, des
secrets de sa vie. Mais quand meme cet Oswald John Simon n'aurait pas
saisi et formule la loi de sa destinee, cependant il obeirait a cette
loi. Et nous tous, les plus reflechis comme les plus instinctifs, nous
sommes "ce que nos ancetres ont ete pendant des milliers d'annees,
plutot que quelque chose qu'ils n'ont ete que depuis le temps d'Olivier
Cromwell". "Je dis au sepulcre: Vous serez mon pere".

Parole abondante en sens magnifique! Je la recueille de l'Eglise dans
son sublime office des Morts. Toutes mes pensees, tous mes actes
essaimeront d'une belle priere,--effusion et meditation,--sur la terre
de mes morts.

Les ancetres que nous prolongeons ne nous transmettent integralement
l'heritage accumule de leurs ames que par la permanence de l'action
terrienne. C'est en maintenant sous nos yeux l'horizon qui cerna leurs
travaux, leurs felicites ou leurs ruines, que nous entendrons le mieux
ce qui nous est permis ou defendu. De la campagne, en toute saison,
s'eleve le chant des morts. Un vent leger le porte et le disperse comme
une senteur. Que son appel nous oriente! Le cri et le vol des oiseaux,
la multiplicite des brins d'herbe, la ramure des arbres, les teintes
changeantes du ciel et le silence des espaces nous rendent sensible, en
tous lieux, la loi de l'eternelle decomposition; mais le climat, la
vegetation, chaque aspect, les plus humbles influences de notre pays
natal nous revelent et nous commandent notre destin propre, nous forcent
d'accepter nos besoins, nos insuffisances, nos limites enfin et une
discipline, car les morts auraient peu fait de nous donner la vie, si la
terre devenue leur sepulcre ne nous conduisait aux lois de la vie.

Chacun de nos actes qui dement notre terre et nos morts nous enfonce
dans un mensonge qui nous sterilise. Comment ne serait-ce point ainsi?
En eux, je vivais depuis les commencements de l'etre, et des conditions
qui soutinrent ma vie obscure a travers les siecles, qui me
predestinerent, me renseignent assurement mieux que les experiences ou
mon caprice a pu m'aventurer depuis une trentaine d'annees.

Quand des libertins s'eleverent au milieu de la France contre les
verites de la France eternelle, nous tous qui sentons bien ne pas
exister seulement "depuis le temps d'Olivier Cromwell" nous dumes nous
precipiter. Que d'autres personnes se croient mieux cultivees pour avoir
etouffe en elles la voix du sang et l'instinct du terroir; qu'elles
pretendent se regler sur des lois qu'elles ont choisies deliberement et
qui, fussent-elles tres logiques, risquent de contrarier nos energies
profondes; quant a nous, pour nous sauver d'une sterile anarchie, nous
voulons nous relier a notre terre et a nos morts. Je n'accourus pas
"soutenir des autels que j'avais ebranles", mais soutenir les autels qui
font le piedestal de ce moi auquel j'avais rendu un culte prealable et
necessaire.

Les lecteurs et M. Doumic me pardonneront-ils de cette explication _pro
domo_? Je ne merite pas les reproches ni le veau gras que connut
successivement l'enfant prodigue. Je n'ai aucun passe a renier. Nous
avons voulu maintenir la maison de nos peres que les invites
ebranlaient. Quand nous aurons remis ces derniers a leur place
(l'anti-chambre,--en style plus noble, l'atrium des catechumenes), nous
reprendrons, chacun selon nos aptitudes, les divertissements ou se
plurent nos aieux.

On ne peut pas toujours demeurer sous les armes et il y a d'autres
expressions nationales que la propagande politique, bien qu'a cette
minute je ne sache pas d'oeuvre plus utile et plus belle. Mais, apres la
victoire, nous ne penserons pas a nous interdire l'art total. "Ironie,
pessimisme, symbolisme" (que denonce M. Doumic), sont-ce la de si grands
crimes? Nous serons ironistes, pessimistes, comme le furent quelques-uns
des plus grands genies de notre race, nous verrons s'il n'y a pas moyen
de tirer quelque chose de ces velleites de symbolisme que les critiques
devraient aider et encourager, plutot que bafouer,--et ce role
d'excitateur, de conseiller, serait digne de M. Doumic,--car en verite,
comment pourrions-nous avoir confiance dans la destinee du pays et aider
a son developpement, si nous perdions le sentiment de notre propre
activite et si nous nous decouragions de la manifester par ces
speculations litteraires, dont notre conduite presente demontre assez
qu'on avait tort de se mefier?

_(Scenes et Doctrines du Nationalisme_.)

Sur le meme theme, on peut voir _le 2 novembre en Lorraine_, dans _Amori
et Dolori sacrum_.

* * * * *

_Dans l'edition de 1899 le texte etait suivi de la petite note suivante
et gui etait signee de l'editeur:_

On y verra une ame agitee par l'espoir
de l'enthousiasme, plus encore que par
l'enthousiasme.

(M. DE CUSTINE.)

Cette serie de petits romans ideologiques, qui commence avec _Sous
l'oeil des Barbares_, sera terminee par un troisieme volume, _Qualis
artifex pereo._ Le tout sera complete par un _Examen_ de ces trois
ouvrages.

Si les circonstances le permettent, il sera publie de ces livrets une
edition avec des bequets pour vingt-cinq personnes.

L'auteur de ces petits miroirs de sincerite n'est pas dispose a s'en
exagerer l'importance. C'est un culte qu'il rend a la partie de soi qui
l'interesse le plus a cette heure; dans la suite, il se decouvrira
peut-etre des vertus superieures. Il imagine volontiers quelques pages
affectueuses et plus clairvoyantes encore "au cher souvenir de l'auteur
de _Sous l'oeil des Barbares_". La conclusion meme d'_Un Homme libre_
l'autorise a presumer ainsi de son avenir, seduisant avenir d'ailleurs.

_L'ouvrage d'abord annonce sous le titre de_ Qualis artifex pereo _est
devenu_ le Jardin de Berenice.


* * * * *


NOTES:

[note 1: Au cimetiere d'Ixelles.--Voir la dedicace de l'_Appel au
Soldat_ a Jules Lemaitre.]


[Footnote 2: C'est par je ne sais quel souvenir d'une assonance
antithetique de Hugo que j'emploie ici ce mot de _solidarite_. On l'a
gate en y mettant ce qui dans le vocabulaire chretien est _charite_.
Toute relation entre ouvrier et patron est une solidarite. Cette
solidarite n'implique necessairement aucune "humanite", aucune
"justice", et par exemple, au gros entrepreneur qui a transporte mille
ouvriers sur les chantiers de Panama, elle ne commande pas qu'il soigne
le terrassier devenu fievreux; bien au contraire, si celui-ci
desencombre rapidement par sa mort les hopitaux de l'isthme, c'est
benefice pour celui-la. Mais il fallait construire une morale, et voila
pourquoi on a fausse, en l'edulcorant, le sens du mot _solidarite_.
Quand nous voudrons marquer ces sentiments instinctifs de sympathie par
quoi des etres, dans le temps aussi bien que dans l'espace, se
reconnaissent, tendent a s'associer et a se combiner, je propose qu'on
parle plutot d'_affinites._ Le fait d'etre de meme race, de meme
famille, forme un determinisme psychologique; c'est en ce sens que je
prends le mot d'_affinites_--ou, parfois, d'_amities._]


FIN












Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11
Copyright (c) 2007. topmasterworks.com. All rights reserved.